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Fils du pharmacien de la petite ville de Chur, HR Giger est comme il le dit lui-même "un enfant très timide, je me cachais souvent dans la cave ou l'écurie. Les endroits les plus noirs étaient ceux qui me fascinaient le plus". Une enfance heureuse, selon lui, même si son comportement commence déjà à effrayer certains de ses instituteurs. "J'aimais beaucoup les bagarres et on m'enfermait dans les toilettes pour laisser aux autres élèves dix minutes d'avance pour rentrer chez eux". Habillé en noir dès son plus jeune âge, le jeune Giger rate brillamment sa scolarité et se dirige vers la profession de dessinateur industriel, seule capable, selon son père, de permettre à quelqu'un de vivre en dessinant. il entre en apprentissage dans un cabinet d'architecte et y apprend les bases de l'architecture d'intérieur, domaine qu'il exploitera largement, quelques années plus tard, dans ses créations de mobilier. Ses premières illustrations, réalisées au début des années soixante, paraissent dans quelques magazines underground helvètes. Torturés, difformes, ses enfants nucléaires préfigurent déjà les formes hybrides qu'il développera plus tard. Il entre peu après aux Arts décoratifs et réalise ses premières toiles de grand format à l'encre de Chine, vaporisée à la brosse à dents, sur de grandes surfaces, tout en officiant en tant que concepteur de mobilier pour payer ses études. Il abandonnera bientôt cette activité alimentaire pour ne se consacrer qu'à son art. Fasciné par les femmes et les expressions les plus sombres de la féminité, Giger ne tarde pas à inventer un être hybride, un "biomécanoïde", cauchemar de psychiatre qui hantera vite l'essentiel de son oeuvre. "Les biomécanoïdes constituent l'union harmonieuse de la technique, de la mécanique et de la créature. La recherche génétique nous apprendra à avoir encore peur". Nées de l'accouplement frénétique d'un univers de machines devenues folles, les biomécanoïdes sont loin d'augurer un avenir radieux pour une humanité qui se perd dans cette confrontation inégale. Parallèlement à ces grandes séries, qui constituent sans doute la partie la plus célèbre de son travail, Giger commence à travailler pour l'industrie du cinéma, en collaborant au Dune de Jodorowsky, aux cotés, entre autres, de Moebius, Voss et Salvator Dali. Projet grandiose, titanesque et impie, cette version de Dune ne sera jamais réalisée, mais ouvrira toutes grandes les portes d'Hollywood à un Giger de plus en plus demandé. C'est Alien de Ridley Scott, qui marque l'arrivée impromptue de l'un des plus grands visionnaire du siècle dans l'univers du rêve cinématographique. Trente toiles, des décors, la création du monstre lui-même, et un Oscar à la clé, pour un succès sans précédent dans l'histoire du cinéma fantastique. Mais dans le même temps, son travail se trouve au centre d'un procès inique qui condamne le groupe punk californien Dead Kennedys pour pornographie, une oeuvre de Giger (Penis Landscape) figurant sous forme de poster à l'intérieur de leur album Frankenchrist. De la notoriété à la censure, des collines d'Hollywood aux révoltes punk ou Hell's Angels, tout le parcours de Giger se trouve résumé dans le slalom perpétuel d'un artiste qui refuse de se laisser trop facilement cataloguer. Peintre, sculpteur, architecte d'intérieur, webmaster, HR Giger tâte à tous les domaines possibles, étendant son univers féroce et sinistre dans des directions toujours imprévisibles. Aujourd'hui incontournable, il vit paisiblement en Suisse, où il entreprend depuis plusieurs années la construction d'un musée pour abriter l'ensemble de son travail.
Texte
de Jean-François Micard |